ANTHÉMIOS DE TRALLES

ANTHÉMIOS DE TRALLES

ANTHÉMIOS DE TRALLES (2e moitié Ve s.-env. 534)

Architecte lydien né à Tralles dans la seconde moitié du Ve siècle, Anthémios appartenait à une famille extrêmement cultivée. L’historien Agathias nous apprend que son père était un médecin réputé et que ses frères furent respectivement maître de rhétorique (Métrodore, qui s’installa à Constantinople), juriste et médecins (dont l’un exerça à Rome).

Possédant d’excellentes connaissances en mathématiques, Anthémios a laissé divers traités, dont un sur les miroirs paraboliques et un autre consacré aux machines remarquables. Il met également au point un procédé pour tracer des ellipses. Eutokios lui dédie ses commentaires sur les quatre premiers livres des Coniques d’Apollonios. Il s’intéresse également à l’explication des phénomènes naturels. Une anecdote rapportée par Agathias le montre persécutant un voisin en suscitant dans l’appartement de ce dernier une sorte de tremblement de terre en miniature à l’aide de vapeur d’eau dûment canalisée et en fabriquant, par un jeu de miroirs captant le soleil, des éclairs qu’il faisait accompagner de surcroît de grondements imitant le tonnerre. Cette vaste culture scientifique n’était pas surprenante chez un méchanopoios , titre acquis au terme des études d’architecte telles qu’elles étaient conçues au moins dès l’époque hellénistique et telles qu’elles s’étaient maintenues pendant l’époque romaine (Severus et Celer, les architectes de la Domus Aurea à Rome, étaient eux aussi des machinatores ).

Appelé à Constantinople, il devint avec Isidore de Milet et quelques autres (Chrysès d’Alexandrie) l’architecte officiel de Justinien. À ce titre, nombreux furent ses projets, tant dans la capitale — l’église Saints-Serge-et-Bacchus paraît témoigner de la même inspiration que Sainte-Sophie — qu’en province. L’historien Procope nous le montre consulté par Justinien avec Isidore de Milet sur les précautions à prendre pour éviter que les crues n’emportent les murailles de la forteresse de Dara. Mais le seul bâtiment connu auquel son nom est explicitement associé est Sainte-Sophie de Constantinople.

Cette église fut édifiée en cinq ans et dix mois (532-537) à l’emplacement d’une première basilique consacrée en 360, qui avait déjà brûlé partiellement en 404 (reconsacrée en 415 sous Théodose II), avant de brûler totalement pendant la révolte Nika (532). Le nouvel édifice, qui conservait le plan oblong de son prédécesseur, fut cependant couvert en maçonnerie afin, rapporte Agathias, d’éviter tout nouvel incendie, mais peut-être le fut-il parce que Justinien tenait, pour des raisons symboliques, à introduire la coupole dans une architecture traditionnelle pourvue de charpente. Le parti adopté par Anthémios de Tralles et Isidore de Milet ne fut pas le plus simple, qui aurait consisté à épauler la coupole à l’est et à l’ouest par des berceaux (Sainte-Irène, d’après une restitution récente de l’élévation primitive) ou par une calotte basse à l’ouest associée à un berceau à l’est (basilique B de Philippes). Ils préférèrent, à partir d’un plan où se retrouvaient, aux angles, les exèdres de Saints-Serge-et-Bacchus, introduire, pour épauler à l’est et à l’ouest la coupole, deux demi-coupoles, elles-mêmes contrefortées par deux culs-de-four couronnant les exèdres d’angle. Ce parti hardi, qui permettait d’asseoir très haut (sommet de la coupole primitive: 50 m) une très large coupole (diamètre intérieur: 31,36 m), était aussi un moyen efficace de contrebuter la coupole centrale. Le défaut du système architectural ainsi mis au point résidait dans la faible épaisseur des arcs formerets qui épaulaient au nord et au sud la coupole et dans leur contrebutement insuffisant. Surtout il n’y avait pas d’homogénéité entre les solutions que les architectes avaient retenues à l’est et à l’ouest d’une part, au nord et au sud d’autre part. Cette erreur de conception, jointe aux tassements provoqués par une construction menée hâtivement, explique que la coupole primitive se soit effondrée en 558 après les secousses telluriques de 557. En dépit de ces faiblesses, l’édifice témoigne du génie de ses architectes et de la modernité de leurs conceptions (ne serait-ce que dans la dissociation opérée entre les murs — simples cloisons déterminant les espaces intérieurs — et les éléments porteurs — piliers et contreforts).

Anthémios ne vit pas l’achèvement de son projet. Il mourut en effet vers 534.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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